Exposition Kalamkari à Conques

Ô KALAMKARI, un art graphique de l’Inde.

  • Exposition à Conques en Rouergue du 1er au 17 juillet 2020.
  • Horaires : tous les jours de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h.
  • Centre culturel, rue Parayre, Conques.
  • Renseignements : 06 20 08 94 83 / www.help-kavali.org
  • Entrée libre.

 

Texte de l'exposition

La présence du Kalamkari à Conques n’est pas le fruit du hasard. Les thèmes et l’iconographie de cette grande tradition de l’Inde venue de Perse trouvent un écho dans l’imagerie sculptée du Moyen-Âge destinée au peuple pour soutenir sa foi.

L'Inde millénaire est bien présente dans cet art populaire dessiné à main levée sur tissu de coton, resté vivant dans l’État de l’Andhra Pradesh. Au cœur d’une société très religieuse, le kalamkari est l’expression très codifiée de croyances millénaires mais aussi de sa sensibilité.

Ainsi cette exposition est-elle étoffée de grandes épopées savamment récitées par des Maitres Hindous, et d’images plus personnelles d’une grande fraicheur, créations uniques de jeunes femmes à la santé fragile. Tout d’abord dessinées à l’encre d’un noir profond, qui mord la toile telle une gravure, ces œuvres demandent nombre d’opérations couronnées par un baptême dans la rivière et une cuisson au chaudron.

Les jeunes femmes de l’atelier HKKK* en Inde ont été, pendant douze ans, accompagnées par Catherine Mâge, Française partageant son temps entre l’Inde et l’Aveyron. Il ne faut pas s’étonner que le tympan de Conques inspire un kalamkari en bandes dessinées. Saurez-vous le retrouver? Images de dieux, démons et autres merveilles à tous les prix permettent de participer à l’œuvre et de partager quelque chose d’unique. 

Une exposition très complète à ne pas manquer, résultat impressionnant d’une aventure humaine où l’art et le soin dans la lutte contre le VIH/SIDA procèdent l’un de l’autre.


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Texte et photos aimablement prêtés par Catherine et André Mâge.
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Le kalamkari et l'atelier HKKK

Cet art pictural traditionnel encore vivant en Inde du Sud tire son nom de l’outil employé pour dessiner les motifs sur la toile de coton : le kalam, bâtonnet de bambou effilé muni d’un réservoir fait de chiffon. L’origine du kalamkari est millénaire, et sa diffusion au cours des derniers siècles a eu pour supports principaux l’hindouisme et la culture mogole. Étymologiquement il s’agit d’un artisanat dessiné à l’aide d’un kalam, kari signifiant l’art, ou la main. Il survit sur la côte Sud-Est de l’Inde, en Andhra Pradesh dans la ville de Srikalahasti, connue pour son pèlerinage shivaïte. Les artisans travaillent pour un Maitre dont ils assurent la production d’œuvres, par définition uniques. Dessinateur virtuose, le Maitre traite, à main levée et en direct sur la toile, les grands thèmes de la mythologie hindoue, comme le Ramayana et le Mahabharata. Ces artisans utilisent les mêmes techniques de mordançage, les mêmes plantes tinctoriales et pigments naturels, les mêmes recettes que celles de leurs ancêtres, où entrent le lait et la bouse précieuse de la vache, combinant toujours l’eau de la rivière, la cuisson au feu de bois et le soleil. Le dessin à main levée nécessite un long apprentissage, à la fois technique, artistique et religieux : il faut savoir dessiner « par cœur » et connaitre les codes de représentation, en s’inspirant d’une mythologie ancienne qui imprègne la vie quotidienne. Le dessin au kalam cerne de noir ou de rouge le motif qui sera rempli par des aplats de couleur ; chaque kalamkari est une pièce unique, tracée et coloriée à main levée. Il se présente soit comme une bande dessinée savante, assortie de commentaires en Télougou, la langue de l’Andhra Pradesh, soit en images répétées, mais toujours uniques : divinités, arbres de vie ou décors chargés d’oiseaux et de fleurs. Ces toiles de temples qui peuvent être immenses ou de tailles plus modestes ont, à l’ère du cinéma et de la télévision, perdu une grande part de leur vitalité. Elles subsistent aujourd’hui à grand-peine, laissant leurs créateurs (qui sont aussi de véritables conteurs) désemparés, contraints de se dévaluer en produisant surtout des tissus décoratifs. Cet art très complet demande la maitrise d’une quantité de savoirs indispensables. L’apprentissage se fait en principe chez un Maitre, au contact direct du travail et d’une équipe de collaborateurs. Seule la participation active aux tâches si diverses permet de se forger une connaissance d’ensemble.

 

La découverte de cet artisanat magnifique nous avait, André mon époux et moi-même, émerveillés. Aussi, lorsque nous ouvrons en janvier 2007 à Kavali (Andhra Pradesh), la « Maison Bleue », centre de soins et de soutien pour des populations touchées par le VIH/SIDA, l’idée nous est venue d’utiliser cet art ancestral pour soulager de la misère, par un travail rémunéré, les jeunes femmes atteintes du sida et les mères d’enfants malades, souvent veuves, stigmatisées et sans revenus. C’est ainsi que l’atelier HKKK a vu le jour.

Je me charge de guider ces jeunes femmes volontaires mais nous ne parlons pas la même langue : en plus des cours de dessin, elles reçoivent des cours d’anglais ! Elles ne sont pas à l’aise avec un crayon, mais après quelques mois sur des cahiers, à force d’exercices laborieux, de volonté, de patience, le moment vient de travailler sur la toile de coton. Et comme leur santé renait, avec une confiance impressionnante elles avancent à grands pas. Inimaginables et presque surréalistes, des sorties s’organisent pour que toutes ensemble elles puissent visiter des ateliers de kalamkari et rencontrer les grands Maitres à Srikalahasti.

Très vite elles prennent gout à ces découvertes ! Ces femmes pauvres, discriminées en raison de leur naissance hors caste et de leur maladie, majoritairement illettrées, sont mues par une force de résilience incroyable. L’exercice de survie imposé par un quotidien si difficile (elles ont 25 ans en moyenne) a développé chez elles de belles intelligences.

Je me laisse guider par leur formidable envie de se dépasser et de prouver leur valeur. En deux ans le résultat est visible : leurs essais encore maladroits se vendent sur les expositions dans toute la France que nous faisons à chacun de mes retours. Leur travail assidu permet de financer, et chaque année davantage, une bonne partie de notre travail social en Inde*. Elles accèdent à l’enseignement de Maitres indiens de renom qui se déplacent jusqu’à elles. Cela fait 12 ans qu’elles produisent des œuvres inédites. Ces créations, touchantes, naïves, inspirées, touchent les cœurs et reçoivent en France un succès mérité.

Dans l’Aveyron un magasin est ouvert à Villefranche-de-Rouergue : H3K diffuse le travail de l’atelier HKKK sur place et par correspondance, et sous forme d’expositions itinérantes.

À Srikalahasti le kalamkari perd son authenticité : couleurs chimiques, travail bâclé, voire imprimé, techniques mensongères pour gagner du temps : ainsi se perdent les savoirs. À Kavali la petite équipe HKKK maintient son art et respecte la technique acquise. Qualité rime avec beauté et émotion. Remarquées par un grand designer indien qui leur confie de merveilleux saris à dessiner, elles tentent leur chance sur le marché indien. Nous les aidons à effectuer le passage.

S’élever soi-même tout en aidant les autres, et maintenant affronter le marché local ! L’autonomie un jour ? Advenir à soi-même et lancer en images des messages qui ne soient pas perdus, c’est la leçon transmise par ces femmes exemplaires.

 

Catherine Mâge, novembre 2019

 

* www.help-kavali.org

H.E.L.P. (Handicap, Évaluation, Liberté, Partage) est un Fonds de Dotation H3K diffuse le Kalamkari de l’atelier de Kavali, dénommé HKKK adresse H.E.L.P. & H3K, 21 rue Alibert 12200 VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE Fr — Facebook : H3K-kalamkari-Arts-et-artisanats-de-l’Inde

 

Mail : catmagenenu@gmail.com / tél. 06 20 08 94 83